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Ce que disent les institutions internationales du risque

FMI, ESMA, superviseurs européens : les points de vigilance identifiés sur les produits structurés destinés aux particuliers, et leur portée réelle.

Par Rémy Loneux · 1 novembre 2026 · 7 min de lecture

Ce que disent les institutions internationales du risque

Les autorités européennes et les superviseurs nationaux ont documenté les risques des produits structurés destinés aux particuliers. Les points qu’ils identifient sont réels et vérifiables. Mais leur portée pour un épargnant français détenant un structuré en unité de compte n’est pas la même d’un point à l’autre — et c’est ce décalage qui est utile à comprendre.

Ce qui est documenté, et ce qui ne l’est pas

Une précision de méthode avant d’entrer dans le détail. Les sources institutionnelles solides sur les risques des produits structurés de détail sont, à notre connaissance, l’ESMA pour l’Union européenne, l’EIOPA pour le volet assurance, et le Pôle commun de l’ACPR et de l’AMF pour la France. Nous n’avons pas trouvé, dans les publications récentes du Fonds monétaire international sur la stabilité financière, de travail consacré spécifiquement aux produits structurés vendus aux particuliers : le FMI traite les produits à exposition dérivée de manière plus large, et nous ne lui attribuerons pas un constat qu’il n’a pas formulé.

Cette prudence a une conséquence pratique : beaucoup de ce qu’on lit sur les « avertissements du FMI » à propos des risques des produits structurés ne renvoie à aucune publication identifiable. Mieux vaut un constat sourcé qu’une autorité invoquée.

La complexité et l’asymétrie d’information

C’est le point sur lequel les institutions convergent le plus nettement. L’ESMA rappelle que les produits structurés sont, au sens de la directive MIF, complexes par définition, puisqu’ils incorporent un instrument dérivé. Dans son analyse du marché européen, elle observe que la complexité peut être utilisée pour permettre l’affichage de taux d’appel plus élevés, et que ce n’est pas seulement le niveau des coûts mais aussi leur transparence qui pose un problème du point de vue de la protection de l’investisseur.

Dans son rapport de mars 2026 sur les coûts et performances des produits d’investissement de détail, l’ESMA maintient ce diagnostic sur les risques des produits structurés et en tire la nécessité d’une surveillance continue du marché.

Le travail académique le plus cité va dans le même sens. Claire Célérier et Boris Vallée, dans un article publié au Quarterly Journal of Economics en 2017, ont analysé 54 488 produits structurés de détail émis dans 16 pays européens entre 2002 et 2010 : chaque caractéristique supplémentaire de la formule s’y accompagne d’une marge plus forte et d’un rendement réalisé plus faible.

Portée réelle pour un particulier français. Élevée, et directement actionnable. La position AMF DOC-2010-05 retient un seuil opérationnel : au-delà de trois mécanismes de calcul distincts dans la formule, l’autorité considère que l’investisseur a du mal à comprendre son pari. Compter les mécanismes d’un produit est un test que n’importe qui peut appliquer, et qui règle beaucoup de cas.

Le risque de contrepartie bancaire

Un produit structuré est un titre de créance émis par une banque. Si cette banque fait défaut, la protection du capital ne joue pas : vous êtes créancier chirographaire d’un établissement défaillant. L’étude ACPR-AMF de juin 2026 l’écrit sans détour : les garanties en capital sont soumises au risque de défaut de l’émetteur et ne sont effectives qu’à l’échéance.

Ce risque n’est pas théorique : la faillite de Lehman Brothers en 2008 a laissé les porteurs de produits structurés émis par le groupe avec une créance sur une masse en liquidation, protection du capital comprise. C’est le précédent à garder en tête.

Portée réelle pour un particulier français en unité de compte. Entière, et insuffisamment comprise. Le contrat d’assurance vie ne transforme pas la nature du risque : l’assureur détient le titre pour votre compte au sein de l’unité de compte, et le risque émetteur reste le vôtre. La seule parade est la diversification des émetteurs, ligne par ligne, que nous traitons dans l’article consacré au risque de contrepartie. C’est une règle de construction d’allocation, pas une précaution décorative.

Notre règle

Nous répartissons les produits du livre entre neuf banques émettrices, et aucun émetteur ne porte plus d’une douzaine de lignes sur soixante-dix. Un seul émetteur qui concentrerait une poche entière ferait dépendre cette poche de la solvabilité d’un établissement unique, quelle que soit la qualité des produits souscrits.

La liquidité du marché secondaire

Un produit structuré n’est pas conçu pour être revendu avant son terme. Il n’existe généralement pas de marché organisé : la liquidité est fournie par l’émetteur lui-même, qui affiche un prix de rachat.

L’étude de juin 2026 relève un coût de sortie anticipée moyen de 0,71 %, avec un maximum de 2,60 % ; 42 des 60 produits examinés appliquaient 0,50 %. Certains assureurs exigent, pour référencer un support, un écart entre prix d’achat et prix de vente inférieur à 1 % et une double valorisation quotidienne — ces exigences existent précisément parce que la liquidité n’est pas acquise.

Portée réelle. Moyenne en conditions normales, forte en conditions de tension. Le coût de sortie affiché n’est pas le vrai sujet : le vrai sujet est le prix auquel l’émetteur rachète. En cours de vie, un produit se valorise au prix du marché de ses composants, et ce prix peut être très inférieur au nominal même si le sous-jacent n’a pas beaucoup baissé — un point que nous détaillons dans l’article sur la valorisation en cours de vie. Les frais d’entrée, par ailleurs, ne sont pas remboursés en cas de sortie, l’étude le rappelle explicitement.

La concentration des émetteurs et des producteurs

Le marché français est étroit du côté de la fabrication. La cartographie du Pôle commun d’avril 2025 décrit un peu plus d’une dizaine de producteurs, dont les quatre premiers détiennent plus de la moitié du marché. Par ailleurs, 52 % des encours sont collectés par un acteur appartenant au groupe de l’émetteur du produit.

Portée réelle. Double. D’abord un effet de corrélation : si les mêmes quatre groupes fabriquent la majorité des produits détenus par les épargnants français, une tension sur le secteur bancaire européen toucherait simultanément une grande partie du stock. Ensuite un effet de conflit d’intérêts, que la recommandation ACPR 2023-R-01 du 17 juillet 2023 traite directement : elle demande que la rémunération ne comporte pas de commissions supplémentaires liées aux produits complexes lorsque cela pourrait nuire à la qualité du service, et que les coûts soient proportionnés aux bénéfices offerts au marché cible.

Le comportement en cas de stress de marché

C’est le point le moins bien couvert par les publications, parce que les données récentes portent sur une période haussière. Les régulateurs français le signalent eux-mêmes : leurs constats de performance sont obtenus dans un contexte de marchés en hausse et pourraient ne pas se vérifier dans des marchés baissiers.

Trois éléments sourcés permettent néanmoins de cadrer le sujet. L’ESMA calcule, pour le produit structuré médian émis en 2024, une valeur de 1 519 € sur un investissement de 10 000 € à cinq ans en scénario de tension réglementaire — contre environ 13 194 € en scénario modéré. Ces montants sont des simulations, conditionnelles et soumises au risque de défaut de l’émetteur, mais l’écart est significatif. L’étude ACPR-AMF indique qu’à fin 2024, parmi les produits détenus en assurance vie, 14 % seulement offraient une protection totale et inconditionnelle à l’échéance, 57 % une protection conditionnelle, souvent sous forme de barrière située 30 à 40 % sous le niveau initial, et 26 % aucune protection. Enfin, le FMI observe, pour les produits de détail à exposition dérivée au sens large, que les flux des particuliers y sont procycliques : ils augmentent leur exposition après de bonnes performances et la réduisent après des pertes.

Portée réelle. Forte, mais pas là où on l’attend. Un détenteur de produit structuré en unité de compte qui traverse une baisse de marché n’a souvent rien à décider : il n’y a pas de rappel, pas de coupon, et la valorisation affichée sur son relevé est dégradée. Le risque pratique est moins celui du produit que celui du comportement — arbitrer au pire moment, à un prix de rachat défavorable, en transformant une perte latente en perte réalisée. Les cas où un produit structuré ne convient pas sont recensés dans l’article sur les profils pour lesquels ces produits ne sont pas adaptés.

Comment hiérarchiser les risques des produits structurés

Ces cinq points ne pèsent pas le même poids. Notre hiérarchie, pour un particulier détenant un produit structuré en unité de compte, est la suivante.

  1. Le risque de perte en capital au-delà de la barrière

    C’est le risque dominant et le plus probable. Il se maîtrise par le choix du sous-jacent, le niveau de la barrière et le dimensionnement de la poche.

  2. Le risque de contrepartie de l’émetteur

    Faible probabilité, conséquence maximale. Il ne se réduit pas par l’analyse du produit, seulement par la diversification des émetteurs.

  3. L’incertitude sur la durée réelle

    Une durée maximale de huit à douze ans et un rappel moyen à deux ans décrivent le même produit. Aucun besoin daté ne doit être adossé à un tel support.

  4. L’illiquidité et la valorisation en cours de vie

    Supportable si le capital n’est pas nécessaire. Coûteuse si une sortie est forcée.

  5. La complexité et l’asymétrie d’information

    Le seul des cinq risques qui se neutralise entièrement par le travail de lecture, en amont de la souscription.

La règle qui en découle est que les risques des produits structurés ne se réduisent pas tous par les mêmes moyens. Deux relèvent de l’analyse du produit, deux de la construction du portefeuille, et un seul du dimensionnement de la poche. Un investisseur qui ne traite que le premier — en lisant attentivement le term sheet — a géré la complexité et ignoré la contrepartie et l’horizon. C’est l’erreur la plus courante, et c’est aussi la plus facile à corriger : les quatre autres points se règlent avant de choisir le produit, au niveau de la part du portefeuille à y consacrer et des règles de diversification, en complément du guide des produits structurés.

Ce qu’il faut retenir sur la portée de cet article

Cet article a une portée informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation portant sur un instrument financier déterminé, ni une offre de souscription. Les produits structurés présentent un risque de perte en capital au-delà de leur barrière de protection et un risque de défaut de l’émetteur. Les rendements évoqués sont conditionnels et soumis à la solvabilité de l’émetteur. Les documents précontractuels et contractuels des produits ne sont pas diffusés sur ce site : le cabinet les détient, les analyse avant toute souscription et les transmet à ses clients.

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