Le marché français des produits structurés a presque doublé de taille entre 2021 et 2023, puis s’est déplacé : moins d’indices à décrément, beaucoup plus de taux d’intérêt, et une part croissante de capitaux garantis. Les données publiques du Pôle commun de l’ACPR et de l’AMF permettent de le décrire précisément — nous nous en tenons à elles.
Ce que pèse le marché français des produits structurés
Le Pôle commun de l’ACPR et de l’AMF a publié en avril 2025 une cartographie des produits structurés commercialisés auprès des particuliers en France, construite sur les déclarations de dix producteurs et portant sur les années 2021 à 2023. C’est la source la plus solide disponible sur la taille du marché.
| Année | Collecte brute |
|---|---|
| 2021 | 23,2 Md€ |
| 2022 | 27,7 Md€ |
| 2023 | 41,8 Md€ |
Le nombre de produits émis a, sur la même période, pratiquement doublé. La croissance ne vient donc pas d’un effet de taille moyenne : il s’est émis davantage de lignes, et davantage d’argent s’est porté sur chacune.
Côté concentration, la cartographie décrit un marché étroit du côté de la fabrication : un peu plus d’une dizaine de producteurs, dont les quatre premiers détiennent plus de la moitié du marché. Un peu plus de la moitié des encours, 52 %, est collectée par un acteur appartenant au groupe de l’émetteur, le solde par des distributeurs tiers.
Où l’argent est logé
La question de l’enveloppe est la plus structurante du marché français des produits structurés, et la réponse est nette. Selon la cartographie, 79 % des montants réellement investis par les particuliers l’ont été via un contrat d’assurance vie, contre 21 % via un compte-titres. L’étude de juin 2026 du même Pôle commun retient le même ordre de grandeur, environ 80 % en unités de compte et 20 % en offre au public sur compte-titres.
Cette répartition explique pourquoi la question de l’enveloppe dans laquelle on loge un produit structuré domine toutes les autres en pratique : l’essentiel du marché passe par l’assurance vie, donc par la liste d’unités de compte que l’assureur accepte de référencer.
Le poids des produits structurés dans les unités de compte est mesuré : 57 Md€ d’encours sur 507 Md€ d’unités de compte distribuées à fin 2023, soit 11,3 %. Cette part était de 8,9 % à fin 2021. Les structurés ne sont donc ni marginaux ni dominants dans l’assurance vie en unités de compte : environ une unité de compte sur neuf.
Ce que la remontée des taux a changé
Le déplacement du marché depuis 2021 est le fait le mieux documenté, et il tient presque entièrement au niveau des taux d’intérêt. Avec une OAT 10 ans française à 4,76 % en novembre 2026, son plus haut niveau depuis 2002, la part obligataire d’un produit coûte beaucoup moins cher à constituer qu’en 2021. C’est ce qui rend les capitaux garantis constructibles — ils étaient quasi impossibles à bâtir à un rendement présentable quand les taux étaient nuls ou négatifs. Le mécanisme est détaillé dans notre article sur la façon dont les taux d’intérêt déterminent ce qu’on peut construire.
Les chiffres suivent. La part des produits à garantie totale du capital à l’échéance est passée de moins de 1 % de la collecte en 2021 à 34 % en 2023 ; plus d’un tiers des produits émis en 2023 relevaient de cette catégorie. L’indicateur de risque suit le même mouvement : la part des produits émis en SRI 1 à 3 est passée de 9 % à 39 %. Sur les encours non clos à fin 2023, 41 % étaient en SRI 1 à 3 et 59 % en SRI 4 à 7.
Les sous-jacents se sont déplacés en conséquence. En part des encours, les produits indexés sur des taux d’intérêt sont passés de 1 % en 2021 à 13 % en 2023. Les indices restent majoritaires à 57 % des encours, les actions uniques à 27 %. Et les indices à décrément reculent nettement : 57 % des encours en 2021, 48 % en 2022, 38 % en 2023 — le mécanisme technique que nous détaillons dans l’indice à décrément perd du terrain à mesure que les taux rendent inutile une partie du rendement qu’il finançait.
Combien de temps les produits structurés du marché vivent réellement
La durée maximale théorique des produits est généralement de cinq à dix ans, et 60 % d’entre eux affichent une durée maximale de huit ou dix ans. La durée réelle est tout autre : plus de 90 % des produits clos entre 2021 et 2023 l’ont été avant leur échéance maximale, 80 % avant trois ans et 95 % avant cinq ans. L’étude de juin 2026 retient une durée moyenne de rappel d’environ deux ans, contre une échéance théorique de huit à douze ans.
Sur les rendements, la cartographie donne un repère : les produits clos entre 2021 et 2023 affichent un rendement annuel médian de 6,5 %, dans une fourchette de 6 à 7 % selon les années, brut de frais et de fiscalité. Moins de 1 % de ces produits ont subi une perte en capital. Ces chiffres décrivent un passé, dans un contexte de marché porteur : tout rendement de produit structuré est conditionnel à la réalisation des scénarios prévus au contrat et soumis à la solvabilité de l’émetteur, et les dénouements favorables observés sur cette période ne présagent en rien du dénouement des produits suivants. Les performances passées ne présagent pas des performances futures.
Ces statistiques couvrent une période de marchés haussiers, et les régulateurs le signalent eux-mêmes. Un marché français des produits structurés mesuré sur 2021-2024 est mesuré dans ses meilleures conditions possibles. Les mêmes mécanismes observés sur une séquence baissière donneraient des chiffres différents, en particulier sur les durées réelles et sur la part des pertes en capital.
La place de la France en Europe
À l’échelle européenne, l’ESMA chiffrait l’encours des produits structurés de détail à 392 Md€ fin 2024, en hausse de 8 % sur un an, pour 13 891 produits émis dans l’année. L’autorité européenne décrit un marché bien plus petit que celui des fonds UCITS vendus aux particuliers. Dans son étude de 2018 sur le marché européen, l’ESMA classait déjà la France parmi les trois premiers marchés nationaux par volume de ventes, avec l’Allemagne et l’Italie — ces trois pays représentant environ 60 % des ventes européennes.
Les évolutions constatées au niveau français se retrouvent à l’échelle européenne : la part des produits à capital protégé dans les volumes de vente est passée de 5 % en 2021 à 21 % en 2022 puis 54 % en 2024, et les produits indexés sur des taux sont montés de 1 % à près de 28 % des volumes. Ce n’est pas une spécificité hexagonale : le marché des produits structurés français suit, sur ce point, le mouvement de toute la zone euro.
Comment lire ces chiffres
Une statistique de marché ne dit rien de la qualité d’un produit donné, et c’est la limite qu’il faut garder en tête. Le marché français des produits structurés a grossi, s’est déplacé vers moins de risque affiché et vers les taux, et il reste concentré sur un petit nombre de fabricants. Ces trois faits sont utiles pour comprendre pourquoi un produit proposé aujourd’hui ressemble peu à celui de 2021.
La règle de lecture que nous appliquons est simple : utilisez les chiffres de marché pour situer une proposition, jamais pour la valider. Un rendement cible dans la fourchette haute du marché n’est pas une qualité en soi, un SRI bas n’est pas une garantie, et une durée maximale de dix ans reste une durée maximale, pas une durée attendue. Ce qui se vérifie se vérifie sur le produit lui-même, en comparant ses mécanismes, son sous-jacent et sa structure de frais à ceux des autres familles de produits structurés — et en demandant quelle est la famille de protection du capital à laquelle il appartient réellement.
Cet article a une portée informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation portant sur un instrument financier déterminé, ni une offre de souscription. Les produits structurés présentent un risque de perte en capital au-delà de leur barrière de protection et un risque de défaut de l’émetteur. Les rendements évoqués sont conditionnels et soumis à la solvabilité de l’émetteur. Les documents précontractuels et contractuels des produits ne sont pas diffusés sur ce site : le cabinet les détient, les analyse avant toute souscription et les transmet à ses clients.