Girardin ou PER : la question revient à chaque fin d'année chez les contribuables fortement imposés. Les deux leviers réduisent l'impôt, mais par des mécanismes opposés et avec un sort radicalement différent réservé à l'argent versé. L'un le consomme, l'autre le conserve.
Deux dispositifs, et un mot à clarifier
Le Girardin dont il est question ici est l'investissement productif outre-mer de l'article 199 undecies B du CGI. Le marché l'appelle aussi LODEOM, mais aucun dispositif fiscal ne porte ce nom dans le code général des impôts : LODEOM est un nom commercial issu de la loi n° 2009-594 du 27 mai 2009 pour le développement économique des outre-mer, et le terme désigne en droit strict les exonérations de cotisations patronales de l'article L. 752-3-2 du code de la sécurité sociale — un sujet social, distinct de l'impôt sur le revenu. Le plan d'épargne retraite, de son côté, agit par la déduction des versements prévue à l'article 163 quatervicies du CGI.
Une réduction d'impôt contre une déduction du revenu
Le Girardin ouvre droit à une réduction d'impôt, imputable sur l'impôt de l'année de réalisation de l'investissement. Elle agit sur l'impôt dû, et son montant ne dépend pas de la tranche d'imposition du souscripteur.
Le PER ouvre droit à une déduction du revenu net global. Il agit sur l'assiette, et son gain dépend donc directement de la tranche marginale : un versement déduit vaut 30 % de son montant en impôt évité dans la tranche à 30 %, et 41 % ou 45 % dans les tranches supérieures du barème applicable aux revenus 2025, dont les taux sont 0 %, 11 %, 30 %, 41 % et 45 %. Cette dépendance à la tranche est développée dans notre article sur la déduction des versements sur un PER.
La première conséquence est une question de seuil : en dessous de la tranche à 30 %, le PER perd beaucoup de son intérêt fiscal, alors que le Girardin conserve le sien dès lors que l'impôt dû est suffisant pour absorber la réduction, puisqu'une réduction d'impôt ne se rembourse pas et que l'excédent éventuel est perdu.
Le sort de l'argent versé, qui est la vraie différence
Sur le Girardin, l'investisseur ne récupère pas son apport. Ce n'est pas un placement : c'est une opération fiscale à fonds perdus. L'apport est versé à une structure qui acquiert un matériel productif, le loue à un exploitant ultramarin et lui rétrocède la majeure partie de l'avantage fiscal. Le gain du souscripteur est l'écart entre la réduction obtenue et le versement effectué, et rien d'autre. Il n'y a aucun capital à récupérer au terme, aucune valeur de rachat, aucune liquidité.
Sur le PER, les versements restent le capital du souscripteur. Ils sont investis, ils peuvent monter et baisser selon les supports retenus, et ils lui reviennent à la retraite, en capital ou en rente — avec une fiscalité à la sortie qui reprend une partie de l'avantage obtenu à l'entrée, détaillée dans notre article sur la fiscalité du PER à la sortie. L'argent est immobilisé, pas consommé.
Un effet immédiat et concentré : une réduction obtenue sur l'impôt de l'exercice concerné, d'un montant supérieur à l'apport versé, sans engagement d'épargne dans le temps. Aucune épargne à poursuivre, aucun support à arbitrer.
L'apport, intégralement et définitivement. Et un risque de reprise de l'avantage fiscal si les conditions d'exploitation ne sont pas tenues outre-mer : dans ce cas, le souscripteur perd à la fois l'apport et la réduction.
Le calendrier et les plafonds
Le Girardin est une opération ponctuelle, souvent qualifiée de one shot : elle produit son effet sur un exercice et ne se prolonge pas. Il relève du plafond majoré de 18 000 € de l'article 200-0 A, partagé avec les SOFICA et le Pinel outre-mer, après application du plafond spécifique outre-mer de l'article 199 undecies D. Seules des fractions de la réduction — 34 %, 44 % ou 30 % selon le dispositif — sont retenues dans ce calcul, ce qui laisse de la place sous le plafond : la mécanique complète est décrite dans notre article sur le plafond spécifique des niches fiscales outre-mer.
Le PER, lui, est hors du champ du plafonnement global : ce n'est pas un avantage en impôt mais une déduction du revenu, et l'article 200-0 A ne le vise pas. Il est en revanche enfermé dans son propre plafond, le plafond d'épargne retraite, avec ses règles de report et de mutualisation entre conjoints.
| Critère | Girardin industriel | Plan d'épargne retraite |
|---|---|---|
| Mécanisme | Réduction d'impôt | Déduction du revenu net global |
| Gain lié à la tranche marginale | Non | Oui, directement |
| Sort de l'apport | Non récupérable, à fonds perdus | Reste le capital du souscripteur |
| Horizon | Opération ponctuelle, avec période de conservation du matériel | Blocage jusqu'à la retraite, hors cas de déblocage anticipé |
| Plafonnement global | Plafond majoré, avec fractions retenues | Hors champ par nature |
| Risque principal | Reprise de l'avantage, défaillance de l'exploitant | Risque de marché, illiquidité, fiscalité à la sortie |
Les risques ne sont pas de même nature
Sur le Girardin, le risque est juridique et opérationnel. La réduction est reprise si le bien est cédé, s'il cesse d'être affecté à l'activité pendant la période de conservation — cinq ans en principe, davantage selon la nature du matériel — ou si l'acquéreur cesse son activité. Le souscripteur subit alors une reprise d'impôt plusieurs années après l'opération, sans avoir eu la main sur l'exploitation. Ce risque, ses causes et sa couverture contractuelle sont traités dans notre article sur la reprise de la réduction d'impôt outre-mer.
Sur le PER, le risque est financier et temporel : les supports peuvent baisser, les fonds sont immobilisés jusqu'à la retraite hors cas de déblocage anticipé, et la sortie est imposée. Mais l'épargne existe, elle est identifiée, et elle appartient au souscripteur.
Le point que ni l'un ni l'autre ne mentionne spontanément
Depuis l'imposition des revenus de 2025, la contribution différentielle sur les hauts revenus de l'article 224 du CGI s'applique aux foyers dont le revenu de référence dépasse 250 000 €, ou 500 000 € en imposition commune, lorsque leur taux moyen d'imposition n'atteint pas 20 % de ce revenu.
Pour les investissements outre-mer réalisés à compter du 1er janvier 2026, l'avantage n'est plus réintégré dans l'impôt retenu pour ce calcul : la réduction Girardin fait donc baisser le taux moyen et peut déclencher ou augmenter la contribution, qui en reprend alors une partie. La déduction PER n'est pas une réduction d'impôt et ne figure pas dans la liste des réductions dont l'avantage est réintégré. Pour un contribuable au-delà de ces seuils, la comparaison entre les deux leviers ne peut donc pas se faire sans ce calcul, qui est détaillé dans notre article sur la contribution différentielle sur les hauts revenus.
Loneux Capital est courtier en assurance : le plan d'épargne retraite entre dans ce périmètre. L'investissement productif outre-mer relève d'autres agréments : nous y intervenons en apport d'affaires auprès de partenaires qui les portent, en coordonnant le dossier sans le monter nous-mêmes. Le traitement fiscal des deux dispositifs dépend de la situation propre à chaque contribuable et est susceptible d'évoluer.
Le critère de décision
La question Girardin ou PER n'admet pas de réponse générale, parce que les deux leviers ne répondent pas au même besoin. Trois éléments la tranchent en pratique : la tranche marginale, qui commande le gain d'une déduction et laisse le Girardin indifférent ; l'usage prévu de l'argent, puisque l'un le consomme définitivement et l'autre le conserve en l'immobilisant ; et la tolérance à un risque opérationnel que le souscripteur ne pilote pas.
Ce que nous examinons dans ce cas est donc moins le rendement fiscal affiché que la cohérence de l'opération avec le reste du patrimoine : un contribuable qui n'a pas encore constitué d'épargne retraite n'est pas dans la même situation qu'un contribuable dont les plafonds sont saturés et qui cherche un levier complémentaire pour un exercice donné. Les deux dispositifs peuvent d'ailleurs coexister, puisqu'ils n'occupent pas le même plafond. La distinction de fond reste la même d'un bout à l'autre de l'arbitrage : réduire son impôt et se constituer un capital sont deux objectifs différents, et un seul des deux leviers poursuit le second.
Cet article a une portée informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation portant sur un instrument financier déterminé, ni une offre de souscription. Les produits structurés présentent un risque de perte en capital au-delà de leur barrière de protection et un risque de défaut de l’émetteur. Les rendements évoqués sont conditionnels et soumis à la solvabilité de l’émetteur. Les documents précontractuels et contractuels des produits ne sont pas diffusés sur ce site : le cabinet les détient, les analyse avant toute souscription et les transmet à ses clients.