L’essentiel en 30 secondes
- En 2026, l'abattement en ligne directe est de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans.
- Le rappel fiscal additionne les donations du même donateur au même bénéficiaire sur 15 ans : donner en plusieurs fois, c'est d'abord une question de calendrier.
- Au-delà de l'abattement, le barème en ligne directe va de 5 % à 45 %.
- Une donation est irrévocable : ce qui est donné ne se reprend pas, même en cas de désaccord ou de besoin ultérieur.
- Le notaire est obligatoire pour l'immobilier et la donation-partage ; certains dons d'argent se déclarent en ligne.
Une donation est un transfert de patrimoine de son vivant, immédiat et irrévocable, au profit d'une personne qui l'accepte. Son intérêt fiscal tient à un mécanisme simple : chaque parent dispose, pour chaque enfant, d'un abattement (une part exonérée de droits) de 100 000 €, qui se reconstitue tous les 15 ans. Le point que l'on découvre trop tard, c'est le rappel fiscal : les donations de moins de 15 ans s'additionnent. Voici comment fonctionne la donation, ce que l'abattement permet vraiment et comment l'étaler.
Ce qu'est une donation, et ce qu'elle n'est pas
L'article 894 du Code civil, cité par LégiFiscal, la définit comme l'acte par lequel le donateur « se dépouille actuellement et irrévocablement » de la chose donnée. Trois mots comptent :
- actuellement : le bénéficiaire (le donataire) devient propriétaire tout de suite ;
- irrévocablement : il n'y a pas de retour en arrière unilatéral ;
- acceptation : le donataire doit accepter.
Ce n'est donc ni une avance que l'on récupère, ni un prêt, ni un testament. Et ce n'est pas un contrat d'assurance vie, qui obéit à d'autres règles de transmission. Si vous cherchez une vue d'ensemble de tous les outils, de l'assurance vie au démembrement, c'est l'objet de l'article sur les leviers pour transmettre son patrimoine selon votre montant.
On peut donner de l'argent, des titres, un bien immobilier, un contrat de capitalisation, la nue-propriété d'un bien (voir plus bas). Le formalisme, lui, dépend de ce que l'on donne.
Les abattements : combien peut-on donner sans droits ?
L'abattement dépend du lien entre le donateur et le bénéficiaire. D'après notaires.fr et justice.fr, les montants sont les suivants :
| Bénéficiaire | Abattement par donateur et par bénéficiaire | Taux au-delà |
|---|---|---|
| Enfant, parent (ligne directe) | 100 000 € | Barème progressif de 5 % à 45 % |
| Petit-enfant | 31 865 € | Barème progressif de 5 % à 45 % |
| Arrière-petit-enfant | 5 310 € | Barème progressif de 5 % à 45 % |
| Époux ou partenaire de Pacs | 80 724 € | Barème spécifique, de 5 % à 45 % |
| Frère ou sœur | 15 932 € | 35 % jusqu'à 24 430 €, puis 45 % |
| Neveu ou nièce | 7 967 € | 55 % |
| Personne en situation de handicap | 159 325 € supplémentaires, cumulables | Selon le lien |
Montants en vigueur en 2026, tels qu'ils figurent sur les sites officiels et institutionnels cités.
Une réserve sur la ligne « frère ou sœur » : les sources consultées ne s'accordent pas toutes sur le montant de cet abattement (15 932 € sur la plupart des pages, un chiffre différent sur une autre). Je retiens 15 932 €, mais ce montant se confirme auprès d'un notaire avant toute décision. À creuser au cas par cas : prenez rendez-vous avec nous, ou rapprochez-vous de votre notaire.
Deux précisions que l'on oublie souvent :
- L'abattement est individuel. Chaque parent donne 100 000 € à chaque enfant : un couple avec deux enfants peut donc transmettre 400 000 € sans droits de donation, à condition que chacun donne ses propres biens.
- Il s'applique par couple donateur-bénéficiaire. Les 100 000 € que vous donnez à votre fille n'entament en rien ce que vous pouvez donner à son frère.
Le rappel fiscal de 15 ans : la règle qui commande tout
Le rappel fiscal est le mécanisme qui empêche de donner 100 000 € chaque année à la même personne en franchise de droits. Selon notaires.fr :
- Pour calculer les droits sur une nouvelle donation, on y ajoute les donations de moins de 15 ans consenties par le même donateur au même bénéficiaire.
- L'abattement est réduit du montant déjà utilisé.
- Une fois l'abattement épuisé, les tranches du barème déjà utilisées sont prises en compte : on ne repart pas de la tranche à 5 %.
- Les donations de plus de 15 ans sont exclues du calcul.
Concrètement, l'abattement se « recharge » 15 ans après la donation qui l'a consommé. Tout l'art de l'étalement consiste à ne pas donner à nouveau avant cette échéance, ou à ne donner que ce que l'abattement restant couvre.
Exemple chiffré : 300 000 € à un enfant, de trois façons
Cas illustratif : un parent donne 300 000 € en numéraire à son enfant, en ligne directe. Hypothèses : aucun don antérieur, aucune exonération particulière, barème de 2026. Droits calculés sur la part taxable avec le barème ci-dessous ; ce calcul est une simulation pédagogique, non un devis.
| Scénario | Base taxable | Droits estimés |
|---|---|---|
| 300 000 € en une seule donation | 200 000 € | environ 38 194 € |
| 100 000 € aujourd'hui, 100 000 € 15 ans plus tard, puis 100 000 € 15 ans après | 0 € à chaque fois | 0 € |
| 100 000 € aujourd'hui, puis 150 000 € 10 ans plus tard | 150 000 € sur la 2e donation | environ 28 194 € |
| 100 000 € aujourd'hui, puis 150 000 € 15 ans plus tard | 50 000 € sur la 2e donation | environ 8 194 € |
La comparaison des deux dernières lignes est la plus instructive : attendre cinq ans de plus pour la seconde donation réduit les droits d'environ 20 000 €, parce que l'abattement s'est reconstitué. Ce gain n'a rien de garanti : il suppose de pouvoir se passer des fonds, de vivre assez longtemps, et que les règles ne changent pas. Voir plus bas pour ce qu'une loi de finances peut modifier.
Le barème des droits en ligne directe
Les droits ne s'appliquent que sur la part qui dépasse l'abattement. Le barème en ligne directe, rappelé par toutsurmesfinances.com et par impots.gouv.fr, est le suivant :
| Fraction de la part nette taxable | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 € à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 € à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 € à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 € à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 € à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
Pour un patrimoine compris entre 100 000 € et 1 M€, l'essentiel se joue dans la tranche à 20 % : elle est très large, ce qui rend la progressivité moins pénalisante qu'on ne le croit, mais elle rend aussi chaque abattement inutilisé très coûteux à rattraper.
Autre point utile : les droits sont en principe payés par le bénéficiaire. Le donateur peut décider de les prendre en charge, ce qui est une libéralité à régler dans l'acte avec le notaire.
Formalités : notaire, déclaration, paiement
Le formalisme varie selon la nature du bien donné.
- Immobilier : acte notarié obligatoire, publié au service de publicité foncière. Selon impots.gouv.fr, des frais de publicité s'ajoutent aux droits.
- Donation-partage : acte notarié obligatoire également (voir l'article sur donation-partage ou donation simple).
- Dons manuels (somme d'argent, titres) : sans acte notarié, mais déclaration à l'administration fiscale. Selon impots.gouv.fr, cette déclaration se fait en ligne depuis le 1er janvier 2026, sauf exception, dans le mois du don. Le détail figure dans l'article sur le don familial de sommes d'argent.
Un don non déclaré ne disparaît pas : il peut être révélé plus tard, par exemple lors d'une succession. Mieux vaut déclarer : la déclaration donne une date certaine au don, ce qui facilite le suivi des 15 ans.
Donner en plusieurs fois, en démembrant ou via un contrat
Trois techniques prolongent le mécanisme de base.
Le don familial de sommes d'argent : en plus de l'abattement de 100 000 €, un parent de moins de 80 ans peut donner 31 865 € à chaque enfant majeur, exonérés de droits, tous les 15 ans. Les deux se cumulent. La limite d'âge de 80 ans est celle de la source retenue (l'administration fiscale) ; d'autres sources avancent un autre âge. Si vous êtes proche du seuil, faites confirmer le point par votre notaire avant de virer.
La réserve d'usufruit : vous donnez la nue-propriété d'un bien (le droit de devenir pleinement propriétaire plus tard) et conservez l'usufruit (le droit de l'habiter ou d'en percevoir les revenus). Les droits ne portent que sur la nue-propriété, dont la valeur fiscale est fixée par le barème de l'article 669 du CGI. Le principe, les valeurs et les risques sont détaillés dans l'article sur la donation avec réserve d'usufruit.
Le contrat de capitalisation : contrairement à l'assurance vie, il peut être donné. La donation transmet le contrat avec sa date d'ouverture, mais les droits de donation portent sur sa valeur. Les limites sont décrites dans l'article sur donner via un contrat de capitalisation.
Un projet en discussion, à ne pas prendre pour acquis
Une mesure temporaire concernant les dons d'argent est évoquée dans le cadre du budget 2027. Elle n'est qu'un projet, susceptible d'être modifié ou abandonné. Je ne bâtirais aucune décision de donation sur elle. Le point d'étape figure dans l'article d'actualité : budget 2027 et transmission.
Ma lecture
Je vais être direct. Une donation se décide sur le besoin de liquidité de celui qui donne, pas sur l'économie de droits. L'abattement est un outil de calendrier, pas une raison de se dépouiller.
Ma règle tient en trois questions :
- Puis-je me passer de cette somme jusqu'à la fin de ma vie ? Si la réponse n'est pas un oui franc, je donne moins, ou je démembre pour garder l'usufruit.
- Quand l'abattement se reconstitue-t-il ? Je dresse la frise des 15 ans avant de signer, par donateur et par bénéficiaire.
- Que vaudra ce bien dans 15 ans ? Un actif susceptible de prendre de la valeur se donne plus tôt qu'un actif stable, car les droits se calculent sur la valeur du jour de la donation.
Pour un patrimoine de 100 000 € à 1 M€, ma priorité est la régularité : donner tôt, donner moins, donner souvent, plutôt qu'un gros transfert tardif. Pour les patrimoines plus élevés, la donation s'articule avec les autres outils, sans les remplacer. Et si vous hésitez entre donner et épargner pour votre propre retraite, la logique fiscale est différente : elle est détaillée dans l'article sur la déduction fiscale du PER.
Les erreurs à éviter
- Oublier le rappel de 15 ans : une seconde donation à moins de 15 ans de la première consomme un abattement déjà utilisé.
- Donner ce dont on aura besoin : l'irrévocabilité interdit de reprendre le bien si votre situation change.
- Ne pas déclarer un don manuel : sans déclaration, l'exonération d'un don d'argent peut être perdue et la date de départ des 15 ans devient incertaine.
- Raisonner par famille plutôt que par donateur : l'abattement de 100 000 € est propre à chaque parent, et les biens propres à chacun ne se mélangent pas.
- Négliger l'égalité entre enfants : une donation simple peut créer un déséquilibre au moment de la succession. La donation-partage répond à cette difficulté.
FAQ
Quel est l'abattement en cas de donation à un enfant ?
En 2026, l'abattement en ligne directe est de 100 000 € par parent et par enfant. Il se reconstitue tous les 15 ans. Au-delà, les droits sont calculés avec un barème progressif de 5 % à 45 %.
Qu'est-ce que le rappel fiscal de 15 ans ?
C'est la règle qui additionne, pour un même donateur et un même bénéficiaire, les donations de moins de 15 ans. L'abattement déjà utilisé est déduit, et les tranches du barème déjà consommées sont prises en compte. Les donations de plus de 15 ans sont ignorées.
Une donation peut-elle être annulée ?
En principe non : la donation entre vifs est irrévocable. Seuls certains cas prévus par la loi, qu'un notaire ou un avocat peut qualifier, permettent de remettre en cause une donation. Il ne faut donc donner que ce dont on peut se passer.
Faut-il passer par un notaire pour une donation ?
Cela dépend de ce que l'on donne. L'acte notarié est obligatoire pour l'immobilier et la donation-partage. Un don manuel d'argent ne l'exige pas, mais il doit être déclaré à l'administration fiscale.
Comment calculer les droits de donation ?
On retranche l'abattement et les donations de moins de 15 ans déjà consenties, puis on applique le barème à la part restante. En ligne directe, le taux marginal est de 20 % entre 15 932 € et 552 324 € de part taxable. Un notaire effectue le calcul définitif.
Sources
- Notaires de France : Donation, fiscalité et abattement
- Justice.fr : droits à payer selon le lien avec le donateur
- Impots.gouv.fr : calcul et paiement des droits de donation
- Impots.gouv.fr : donations par acte notarié
- Impots.gouv.fr : dons exonérés
- LégiFiscal : les droits de donation
- Toutsurmesfinances.com : barème des droits de mutation à titre gratuit
