L’essentiel en 30 secondes
- Le compte à terme est imposé chaque année sur les intérêts courus : aucun différé.
- Le contrat de capitalisation donne lieu chaque année à un forfait, avance d'impôt sur les sociétés (105 % du TME appliqué à la valeur du contrat, fonds en euros compris), puis une régularisation intervient à la sortie : le différé ne porte que sur ce qui dépasse le forfait.
- Le compte-titres offre le différé le plus net, sous réserve de la nature des titres, mais sans cadre d'assureur.
- À performance égale, le contrat de capitalisation ne réduit pas l'impôt de façon spectaculaire.
- Le choix se fait sur l'horizon, la liquidité et le risque, pas sur un taux affiché.
Vous dirigez une société à l'IS, vous avez 200 000 € de trésorerie qui n'a pas d'emploi à court terme, et trois pistes se présentent : un compte à terme, un compte-titres ou un contrat de capitalisation. Le réflexe est de comparer les rendements. Pour une société, il faut comparer autre chose : quand l'impôt est payé, et sur quelle base. Voici un comparatif chiffré, sous hypothèses explicites, pour le placement de trésorerie d'une société à l'IS.
Les règles du jeu en trois lignes
L'IS au taux normal est de 25 %. Un taux réduit de 15 % s'applique sur les premiers 42 500 € de bénéfice si la société remplit les conditions (chiffre d'affaires inférieur à 10 M€, capital entièrement libéré et détenu à 75 % au moins par des personnes physiques), selon le portail service-public des entreprises (voir aussi Propulse by CA). Ce taux de 15 % ne s'applique qu'une fois par société : si le bénéfice de l'exploitation remplit déjà cette tranche, le placement est taxé à 25 %. Je raisonne donc à 25 %, et je donne les totaux à 15 % pour comparaison.
Côté placements :
- les intérêts d'un compte à terme sont rattachés à l'exercice au cours duquel ils courent (BOFiP) ;
- le contrat de capitalisation relève du régime des primes de remboursement : un forfait annuel, avance d'IS, calculé à 105 % du TME appliqué à la valeur du contrat (fonds en euros compris), puis régularisation (BOFiP ; analyse de Swim Legal) ;
- pour un compte-titres, l'imposition dépend de la nature des titres : à la cession en principe, mais certains fonds peuvent être imposés sur leur variation annuelle. À confirmer avec votre expert-comptable.
Le cas illustratif : 200 000 € sur 5 ans
Hypothèses fictives, non garanties, uniquement pour illustrer la mécanique :
- compte à terme : intérêts de 2,5 % par an, versés chaque année ;
- contrat de capitalisation et compte-titres : performance de 5 % par an, nette de frais, non garantie ;
- TME de 3 % (taux illustratif), soit un forfait de 3,15 % la première année, sur une base qui augmente chaque année ;
- IS de 25 %, impôt payé sur la trésorerie de la société ;
- compte-titres : titres sans imposition annuelle de la plus-value latente ;
- aucune sortie avant la fin de la cinquième année.
| Placement | Gain brut sur 5 ans | IS payé avant la sortie | IS payé à la sortie | IS total | Gain net |
|---|---|---|---|---|---|
| Compte à terme | 25 000 € | 6 250 € | 0 € | 6 250 € | 18 750 € |
| Contrat de capitalisation | 55 256 € | 8 387 € | 5 427 € | 13 814 € | 41 442 € |
| Compte-titres | 55 256 € | 0 € | 13 814 € | 13 814 € | 41 442 € |
À 15 % au lieu de 25 %, l'IS total serait de 3 750 € pour le compte à terme et de 8 288 € pour les deux autres lignes.
Deux lectures. D'abord, l'écart de gain net entre le compte à terme et les deux autres lignes vient de la performance supposée, pas de la fiscalité : ce 5 % n'est pas garanti, le compte à terme l'est (hors défaut de la banque). Ensuite, le contrat de capitalisation paie 8 387 € d'IS avant d'avoir rien retiré, quand le compte-titres n'en paie aucun avant la cession. Le différé du contrat existe, mais seulement sur la part de performance supérieure au forfait.
Si la performance est médiocre
Reprenons le contrat avec une performance de 2,5 % par an, égale à celle du compte à terme : le gain réel est de 26 282 €, alors que le forfait cumulé s'élève à 33 548 €. La société a donc été imposée sur plus que ce qu'elle a réellement gagné, et la régularisation à la sortie est négative (environ 7 266 €). Elle corrige l'excès, mais la société aura avancé de l'impôt pendant cinq ans. Le traitement exact de cette correction relève de l'expert-comptable.
À qui chaque solution convient
| Profil de la société | Solution la plus cohérente | Pourquoi |
|---|---|---|
| Besoin possible dans les 12 à 24 mois | Compte à terme ou trésorerie disponible | Garantie, visibilité, pas de risque de marché |
| Horizon de plus de cinq ans, tolérance au risque | Contrat de capitalisation ou compte-titres | Accès aux unités de compte, rendement potentiel |
| Gestion active souhaitée, compétence interne | Compte-titres | Souplesse, différé potentiel |
| Cadre assureur recherché, montants plus élevés | Contrat de capitalisation | Cadre réglementaire de l'assureur, supports variés |
| Support de stabilité dans le contrat | Fonds en euros (société non commerciale) ou fonds monétaire (société commerciale) | Seules les sociétés non commerciales accèdent au fonds en euros ; la qualification se vérifie avec l'assureur |
Ma règle de décision
Je la formule en trois questions, dans cet ordre :
- Cet argent peut-il être nécessaire dans deux ans ? Si oui : compte à terme, ou rien du tout.
- Peut-on supporter une baisse temporaire de 20 % sur la part investie ? Si non : réduire la part exposée.
- Le forfait annuel sera-t-il supportable en trésorerie ? Pour un contrat de capitalisation, il faut pouvoir payer l'impôt sans avoir racheté.
La réponse à la troisième question est celle que l'on oublie le plus.
Ma lecture
Je ne vends pas le contrat de capitalisation comme une solution fiscale. Pour une société à l'IS, il ne l'est pas. Son intérêt réel, c'est un cadre d'investissement de long terme, avec une allocation adaptable et le cadre réglementaire propre aux assureurs. Pour un compte-titres, je regarde surtout qui suit les lignes et à quelle fréquence. Pour le compte à terme, je le réserve à la part de trésorerie dont l'horizon est court.
Une précision d'éligibilité avant de comparer : toutes les sociétés à l'IS ne peuvent pas accéder au fonds en euros d'un contrat de capitalisation, seules les sociétés non commerciales y sont éligibles. Les autres s'orientent plutôt vers un fonds monétaire. La qualification de votre société se vérifie au cas par cas avec l'assureur : prenez rendez-vous avec nous, ou rapprochez-vous de votre fiscaliste.
Le montant de trésorerie à placer se détermine avant tout choix de support : c'est l'objet de l'article sur l'excédent de trésorerie.
Les erreurs à éviter
- Comparer des taux bruts : un taux garanti et une performance supposée ne se comparent pas.
- Oublier l'impôt annuel du contrat : il est dû même sans rachat. Autre oubli fréquent : le fonds en euros n'est accessible qu'aux sociétés non commerciales.
- Raisonner à 15 % par défaut : la tranche réduite est vite remplie par le bénéfice de l'activité.
- Placer une trésorerie qui sert d'amortisseur : en cas de coup dur, on sort au mauvais moment.
- Ne pas faire valider la comptabilisation : chaque support a ses règles. Voir l'article sur la fiscalité du contrat détenu par une société.
FAQ
Quel est le meilleur placement de trésorerie pour une société à l'IS ?
Il n'y en a pas un seul. Le compte à terme convient à un horizon court et à la garantie du capital, le compte-titres à une gestion active, le contrat de capitalisation à un horizon long et à un cadre assureur. Le choix dépend de l'horizon, du risque et du forfait fiscal supportable.
Le contrat de capitalisation permet-il de différer l'impôt d'une société ?
Partiellement. Une société à l'IS paie chaque année un forfait, avance d'impôt sur les sociétés, calculé à 105 % du TME appliqué à la valeur du contrat. Le différé ne porte que sur la performance qui dépasse ce forfait, régularisée à la sortie.
À quel taux de l'IS raisonner pour un placement de trésorerie ?
En pratique à 25 %. Le taux réduit de 15 % ne concerne que les premiers 42 500 € de bénéfice, sous conditions, et l'activité de l'entreprise l'utilise le plus souvent.
Un compte à terme est-il imposé chaque année ?
Oui, selon la règle de rattachement : les intérêts sont imposés à l'exercice au cours duquel ils courent, même s'ils ne sont payés qu'à l'échéance.
