L'essentiel en 5 points
- Un produit structuré est un titre de créance émis par une banque, qui combine une obligation zéro-coupon — la protection — et une option — le rendement.
- Trois familles seulement : capital garanti, capital protégé sous barrière profonde, capital non protégé. Identifier laquelle on vous présente est le premier réflexe.
- Dix mécanismes suffisent à décoder n'importe quelle brochure. Le plus sous-estimé est la dégressivité en escalier ; le plus mal compris, l'indice à décrément.
- Règle d'or : plus le rendement affiché est élevé, plus la probabilité de le toucher est basse. Le rendement rémunère un risque.
- L'enveloppe pèse autant que le produit : sur 100 000 € de coupons, l'écart fiscal entre un compte-titres et une assurance vie peut atteindre 20 000 €.
Il existe une classe d'actifs que la quasi-totalité des grands patrimoines utilise, et que presque personne ne comprend vraiment : les fonds structurés. Mal expliqués, ils font peur. Bien compris, ils deviennent l'un des outils les plus efficaces pour fabriquer du rendement prévisible dans un cadre de protection défini à l'avance.
Ce guide reprend en format écrit la masterclass consacrée au sujet. Il démonte l'architecture interne d'un produit structuré, détaille les dix mécanismes qui permettent de lire n'importe quelle brochure, et décortique cinq produits réels.
Les produits cités dans cet article le sont à titre d'illustration pédagogique. Ils ne constituent ni une offre, ni une sollicitation, ni une recommandation de souscription. Les fonds structurés sont des instruments complexes : ils présentent un risque de perte en capital, un risque de contrepartie lié au défaut éventuel de l'émetteur, et un risque de liquidité lié à l'immobilisation du capital jusqu'au rappel ou à l'échéance. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Un fonds structuré, c'est quoi vraiment ?
Un fonds structuré est avant tout un titre de créance émis par une banque d'investissement — Goldman Sachs, Morgan Stanley, BNP Paribas, Natixis, Barclays, JP Morgan, Société Générale, et bien d'autres.
Concrètement, vous prêtez de l'argent à cette banque. En échange, elle vous promet un rendement conditionnel, indexé sur la performance d'un ou plusieurs sous-jacents. Cette nature de créance a une conséquence directe que l'on développe plus bas : vous portez le risque de défaut de l'émetteur.
L'architecture interne : deux briques
La vraie subtilité est dans la mécanique interne. À l'intérieur d'un produit structuré, la banque combine deux briques.
La première brique est une obligation zéro-coupon. Elle assure, partiellement ou totalement, le remboursement de votre capital à l'échéance. C'est elle qui donne la protection.
La seconde est une option. Elle finance le rendement, en pariant sur la performance du sous-jacent. C'est elle qui donne le coupon.
C'est cette combinaison qui permet de fabriquer sur mesure un profil rendement/risque impossible à obtenir avec des actions ou des obligations classiques. Un fonds structuré n'est ni un placement magique, ni un piège : c'est un outil d'ingénierie financière. Bien utilisé, il est puissant ; mal choisi ou mal dimensionné, il détruit du capital.
Les trois familles de structurés
Il existe trois grandes familles. Identifier celle qu'on vous présente est le premier réflexe à avoir devant une brochure.
| Famille | Protection du capital | Fourchette de rendement | Usage |
|---|---|---|---|
| Capital garanti | Intégrale à l'échéance, quelle que soit la performance du sous-jacent | 6 à 8 % par an | Prioritaire pour un objectif de sécurisation |
| Capital protégé | Tant que la barrière profonde tient à l'échéance — typiquement −40 à −60 % | 10 à 12 % par an | Le meilleur compromis rendement / protection |
| Capital non protégé | Aucune — le capital suit intégralement le sous-jacent | Variable, potentiellement très élevé | Usage tactique en crise uniquement |
Famille 1 — Capital garanti
Votre capital est intégralement rendu à l'échéance, quoi qu'il arrive sur le sous-jacent, même s'il perd 80 %. La particularité de cette famille : ces produits sont adossés strictement à des mécaniques de taux — ce sont les niveaux de taux d'intérêt du moment qui déterminent le rendement.
Dans les niveaux de taux actuels, la fourchette se situe le plus souvent entre 6 et 8 % annuels. Sur l'historique des produits sélectionnés par notre cabinet, le minimum constaté sur cette famille est de 5,30 % et le maximum de 12 %. Ces données sont historiques et ne préjugent pas des conditions futures de marché.
Famille 2 — Capital protégé sous barrière profonde
Votre capital est protégé tant que le sous-jacent ne franchit pas une barrière profonde à l'échéance — typiquement −40 %, −50 %, voire −60 %. Tant que la barrière tient, vous récupérez 100 % de votre capital. Si elle est cassée, vous récupérez le capital diminué de la performance du sous-jacent.
Les rendements typiques se situent entre 10 et 12 % par an. Sur l'historique du cabinet, le minimum constaté est de 9,2 % et le maximum de 24 %, là encore sans valeur prédictive. C'est dans cette famille que nous construisons la très grande majorité des produits.
Famille 3 — Capital non protégé
Votre capital est entièrement exposé à la performance du sous-jacent. Pas de barrière, pas de protection à l'échéance.
Cette famille est réservée à un usage opportuniste très spécifique : les périodes de crise majeure, où l'on peut construire un produit avec un excellent prix d'entrée sur un sous-jacent violemment dévalorisé, et viser un fort rebond. En période Covid, des produits participatifs ont pu être construits avec des rendements visés au-delà de 50 %. C'est un usage tactique, jamais structurel — on n'attaque pas cette famille par défaut.
Plus le rendement affiché est élevé, plus la probabilité de le toucher est basse. Le rendement est la rémunération du risque que la banque vous fait porter. Ce n'est jamais gratuit, et aucun montage ne fait exception.
Les dix mécanismes à maîtriser
Voici le chapitre qui permet de décoder n'importe quelle brochure de fonds structuré. Dix mécanismes, dans l'ordre où nous les présentons à nos clients.
1 — Le best strike
Le best strike définit votre prix d'entrée réel sur le sous-jacent. Au lieu de retenir le cours du jour de souscription, la banque observe le cours sur plusieurs dates — deux, trois, parfois davantage — et retient le plus bas.
C'est la première chose à regarder dans une analyse. Un bon best strike compense parfois plusieurs points de coupon, parce qu'il crée mécaniquement une marge de sécurité supplémentaire dès l'entrée.
2 — Le sous-jacent
C'est ce sur quoi vous investissez réellement. Un sous-jacent prend cinq grandes formes : une action unique, un panier de deux à quatre valeurs, un indice large comme l'Euro Stoxx 50 ou le S&P 500, un indice sectoriel ou thématique — luxe, banques européennes, pharmacie, matières premières, énergie —, ou un indice à décrément, cas particulier traité au mécanisme 10.
Le sous-jacent définit la thématique de votre investissement. Un structuré sur les bancaires de la zone euro n'a pas la même exposition qu'un structuré sur le luxe transatlantique.
3 — Durée, rendement et ventilation
Chaque produit a une durée maximum — souvent 5, 6, 10 ou 12 ans — et une durée minimum avant que le rappel automatique puisse se déclencher.
Sur le rendement, deux informations à relever immédiatement : le taux affiché, et surtout la ventilation — le coupon est-il distribué à intervalle régulier, ou capitalisé et versé à la sortie ? Certains produits font un mix. Un produit distributif, c'est de la rente immédiate ; un produit capitalisant, c'est un effet boule de neige. Le choix découle de votre objectif.
4 — La barrière de rappel (autocall)
L'autocall rembourse le produit avant l'échéance si les conditions sont remplies. À chaque date d'observation, la banque regarde si le sous-jacent est au-dessus d'un certain niveau : la barrière de rappel.
Cette barrière est fixée au départ, le plus souvent à 100 % du niveau initial. Elle peut être fixée plus bas — à −5 %, −10 %, exceptionnellement −15 % dès la première année d'observation. Plus la barrière initiale est basse, plus le premier rappel est probable, généralement en échange d'un coupon un peu plus modéré.
5 — Les dates d'observation
Ce sont les rendez-vous fixés à l'avance où la banque regarde le sous-jacent. Les fréquences possibles sont annuelle, trimestrielle, mensuelle ou plus rarement quotidienne.
Le standard que nous retenons est trimestriel. Il permet de balayer toutes les saisons de marché, avec une fenêtre de test par trimestre. Plus les dates sont fréquentes, plus la probabilité de sortie anticipée augmente — c'est un avantage réel pour l'investisseur.
6 — La dégressivité en escalier
C'est probablement le mécanisme le plus sous-estimé, et l'un des plus puissants. Le principe : à chaque date d'observation trimestrielle, la barrière de rappel descend d'un cran défini à l'avance.
Sur un produit dont la barrière démarre à 100 % et descend de 1,5 point par trimestre, elle atteint 94 % après un an, 88 % après deux ans, 82 % après trois ans et 76 % après quatre ans. Visuellement, cela dessine un escalier descendant, que l'on synthétise souvent par une ligne oblique : le seuil dégressif de paiement du coupon.
Cette dégressivité facilite énormément la sortie sur le long terme. Même si les sous-jacents stagnent ou baissent légèrement, le produit finit par être rappelé grâce à la descente de la barrière. C'est ce qui explique qu'un structuré bien construit et tenu jusqu'au bout se rappelle très souvent favorablement.
7 — Le seuil maximal de paiement
La barrière ne descend pas à l'infini : elle s'arrête à un plancher. Selon les produits, ce plancher se situe autour de 76 %, 70 %, ou plus bas encore.
Ce niveau est déterminant : il fixe la sous-performance maximale que le sous-jacent peut afficher tout en vous permettant de sortir favorablement.
8 — La logique payé / non payé et l'effet memory
La règle est mécanique. Sous-jacent au-dessus du seuil, le coupon est payé — et le rappel éventuellement déclenché. Sous-jacent en dessous, le coupon n'est pas payé.
Mais sur la plupart des produits, il n'est pas perdu : il est mis en mémoire. C'est l'effet memory. Les coupons non payés s'accumulent et sont versés en une fois dès que la condition redevient favorable. C'est un mécanisme très favorable à l'investisseur, et sa présence ou son absence change considérablement le profil d'un produit.
9 — La barrière de protection du capital
C'est la dernière ligne de défense, celle qui détermine si votre capital est protégé à l'échéance. Sur les produits que nous faisons valider, elle est strictement à −50 % dans la très grande majorité des cas : tant que le sous-jacent n'a pas perdu plus de la moitié de sa valeur à l'échéance, le capital est rendu à 100 %.
Sur certains produits plus sécurisés, elle peut être plus profonde encore — −60 %, voire −70 % —, ce qui convient aux profils prudents ou aux périodes de marché tendu.
Un point capital, souvent mal compris : cette barrière est observée uniquement à l'échéance. Le sous-jacent peut chuter de 60 % en cours de vie du produit ; s'il est remonté au-dessus de −50 % à l'échéance, le capital est rendu intégralement. À l'inverse, une barrière franchie à l'échéance entraîne une perte réelle, à hauteur de la baisse du sous-jacent.
10 — L'indice à décrément
Mécanisme technique fondamental, trop souvent négligé, et qu'il faut impérativement comprendre avant d'investir sur un produit qui en utilise un.
Le principe : un indice à décrément retire un montant fixe de la valeur de l'indice chaque année — typiquement 40 points, 50 points, ou un pourcentage. C'est ce qui explique les noms croisés dans les brochures : « Decrement 50 Points », « 2.40 Point Decrement ».
L'indice descend mécaniquement chaque année, ce qui rend l'autocall et les coupons plus faciles à déclencher. Le prix d'entrée effectif est mécaniquement abaissé au fil du temps. Dans un marché stable ou modérément baissier, le décrément joue en votre faveur.
L'indice à décrément sous-performe systématiquement le même indice sans décrément : les dividendes normalement distribués sont consommés par le décrément. Si les dividendes réels des constituants sont inférieurs au décrément, l'indice descend même sans baisse de marché. Et dans un marché très baissier, le décrément aggrave la perte à l'échéance.
Autrement dit, le décrément est un outil favorable dans la plupart des scénarios de marché stable ou modérément baissier, et défavorable dans les scénarios très baissiers. C'est un arbitrage à comprendre avant de signer, pas après.
Trois scénarios sur un produit à barrière −50 %
Prenons un produit de type « pire des trois sous-jacents » à cinq ans, avec une barrière de protection du capital à −50 %, et déroulons les trois issues possibles.
Dans le scénario défavorable, le pire des trois sous-jacents perd 60 % à l'échéance. La barrière est cassée : vous perdez 60 % de votre capital. C'est un risque réel, pas théorique.
Dans le scénario médian, le pire des trois reste à −30 % pendant toute la vie du produit sans jamais franchir les seuils d'autocall. Le produit va au bout, les coupons mémorisés sont versés à l'échéance, et le capital est rendu à 100 %.
Dans le scénario favorable, le sous-jacent remonte et franchit la barrière d'autocall dès la deuxième année. Le produit se rappelle, vous récupérez 100 % du capital plus le cumul des coupons.
Cinq cas réels décortiqués
Passons à la lecture de produits réels. Les deux premiers sont accessibles en assurance vie française ou luxembourgeoise de catégorie C. Les trois suivants sont nettement plus techniques : ils se souscrivent en assurance vie luxembourgeoise de catégorie D, à partir d'un million d'euros, dans le cadre de contrats sur mesure.
Ces produits sont présentés pour montrer comment se lit une brochure. Ils ne constituent pas une offre de souscription, et leurs caractéristiques sont celles constatées à leur émission.
Cas 1 — KS Luxe Octobre 2025 · Natixis
| Caractéristique | Valeur à l'émission |
|---|---|
| Émetteur | Natixis Structured Issuance, garant Natixis (A+ / A1 / A+) |
| Sous-jacent | iEdge Transatlantic Luxury Goods & Services 10 EW Decrement 50 Points GTR — 10 valeurs du luxe transatlantique équipondérées, décrément de 50 points par an |
| Durée maximum | 10 ans, échéance 17 octobre 2035 |
| Observations | Trimestrielles dès octobre 2026 |
| Barrière de rappel | Dégressive : 0 %, −0,9 %, −1,8 %, −2,7 %… jusqu'à −31,5 % à l'échéance |
| Coupon | Snowball cumulatif : 16,40 % au premier rappel, jusqu'à 82 % à l'échéance |
| Protection du capital | Barrière à −50 % |
| Nominal | 1 000 EUR |
Un produit d'exposition thématique au luxe premium, à décrément, avec un double moteur : un coupon snowball qui capitalise chaque trimestre, et un potentiel de rappel rendu très accessible par la dégressivité rapide de la barrière.
Cas 2 — KS Banques Septembre 2025 · Barclays
| Caractéristique | Valeur à l'émission |
|---|---|
| Émetteur | Barclays Bank PLC (A1 / A+ / A+) |
| Sous-jacent | Euronext Banks Eurozone Select 10 EW Decrement 50 Points — 10 banques de la zone euro équipondérées |
| Durée maximum | 10 ans, échéance 15 octobre 2035 |
| Observations | Trimestrielles dès septembre 2026 |
| Barrière de rappel | Dégressive : 100 %, 99 %, 98 %, 97 %… jusqu'à 70 % à partir de 2030 |
| Coupon | 3 % par trimestre avec effet memory, soit 12 % annuel |
| Protection du capital | Barrière à −50 % |
Une exposition thématique aux banques de la zone euro, avec un coupon trimestriel régulier assorti de l'effet memory. Calibré pour une poche distributive.
Cas 3 — KS Solvay Decrement 2.40 · Morgan Stanley
| Caractéristique | Valeur à l'émission |
|---|---|
| Émetteur | Morgan Stanley (A+ / Aa3 / AA−) |
| Sous-jacent | MerQube Solvay SA 2.40 Point Decrement — retrait de 2,40 points par an |
| Durée maximum | 12 ans, échéance 7 juillet 2038 |
| Best strike | 2 dates : 22 janvier 2026 et 30 juin 2026 |
| Rendement au premier rappel | Environ 12,1 % |
| Barrière de rappel | −15 % dès la première année, puis −1 point par trimestre |
| Protection du capital | Barrière à −60 % |
| Bonus d'échéance | Si sous-jacent ≥ 41 % du niveau initial, remboursement à 245 % |
Un produit long terme, participatif, combinant une barrière de capital très profonde à −60 % et une mécanique de rappel exceptionnellement souple grâce au −15 % dès la première année. Profil dynamique-équilibré.
Cas 4 — KS SSA Juin 2026 · Goldman Sachs
| Caractéristique | Valeur à l'émission |
|---|---|
| Émetteur | Goldman Sachs Finance Corp International, garant The Goldman Sachs Group |
| Sous-jacents | Accor / Siemens Energy / Solvay — structure « pire des trois » |
| Durée maximum | 5 ans et 4 mois, échéance 14 juillet 2031 |
| Barrière de rappel | 100 % en juin 2027, dégressive de −1,5 point par trimestre |
| Protection du capital | Barrière à −50 % |
| Paiement au premier rappel | 1 240 EUR, soit + 24 % |
| Bonus d'échéance | Si le pire des trois ≥ 76 %, remboursement à 2 200 EUR, soit + 120 % |
Un profil très différent des précédents : aucun coupon distribué, tout le rendement est capitalisé et versé au rappel ou à l'échéance. Soit le produit se rappelle rapidement et vous réinvestissez, soit il va au bout avec un rendement final potentiellement bien plus élevé.
Cas 5 — Double coupon Phoenix · Goldman Sachs
| Caractéristique | Valeur à l'émission |
|---|---|
| Émetteur | Goldman Sachs Finance Corp International, garant The Goldman Sachs Group |
| Sous-jacents | BNP Paribas / Sanofi / Compagnie de Saint-Gobain — « pire des trois » |
| Durée maximum | 5,5 ans, échéance 14 octobre 2031 |
| Best strike | 3 dates : 31 mars, 7 avril et 30 septembre 2026 |
| Coupon | 5 EUR par mois pour 1 000 EUR de nominal, soit 6 % annuel avec memory |
| Observations coupon | Mensuelles à partir d'octobre 2026 |
| Barrière des coupons | 75 % du cours initial |
| Barrière d'autocall | 95 % à la première date, −0,4 % par mois |
| Protection du capital | 45 %, soit une barrière à −55 % |
| Bonus d'échéance | Si le pire des trois ≥ 75 %, remboursement à 1 300 EUR, soit + 30 % |
Un produit équilibré : coupon régulier, effet memory très favorable, barrière profonde à −55 % qui donne une vraie marge, et un bonus final si le panier tient au-dessus de −25 %.
Où loger vos structurés : l'enveloppe change tout
Un structuré ne vit pas dans le vide : il vit dans une enveloppe fiscale. Et ce choix change complètement la rentabilité nette.
Pour un particulier : l'assurance vie
La recommandation est sans équivoque. Fiscalement, l'assurance vie offre un différé d'imposition tant que vous ne rachetez pas, puis un abattement annuel de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple après huit ans. Successoralement, elle ouvre l'abattement de 152 500 € par bénéficiaire pour les primes versées avant 70 ans, hors succession.
Sur une assurance vie luxembourgeoise de catégorie C ou D, vous accédez en outre aux structurés sur mesure, via les fonds internes dédiés et les fonds d'assurance spécialisés. C'est là que se négocient les mécaniques particulières : un best strike sur quatre dates, un décrément ajusté, une barrière plus profonde.
Pour une entreprise : le contrat de capitalisation
Pour la trésorerie d'entreprise, la solution est le contrat de capitalisation personne morale, en France ou au Luxembourg. La différence entre les deux juridictions tient à l'accès aux produits techniques, réservé au Luxembourg ; dans les deux cas, la mécanique fiscale reste favorable, avec un forfait annuel léger puis une régularisation au rachat.
À éviter : le compte-titres en direct
Détenir des structurés en direct sur un compte-titres est fiscalement pénalisant : prélèvement forfaitaire unique de 30 % sur chaque coupon perçu, aucun différé d'imposition, aucun abattement, aucun avantage successoral.
Multipliez ces montants par cinq ou par dix, et vous comprenez pourquoi le choix de l'enveloppe pèse autant que le choix du produit lui-même.
La grille de décision
Trois critères à croiser avant de choisir une famille de structurés : l'horizon de placement, le profil d'investisseur — défensif, équilibré ou dynamique — et l'objectif poursuivi.
| Situation | Famille adaptée | Ordre de grandeur du coupon |
|---|---|---|
| Défensif, sécuriser | Capital garanti | 6 à 8 % |
| Équilibré, capitaliser | Capital protégé, barrière −40 % à −60 % | 10 à 12 % |
| Dynamique, distribuer | Double coupon sur panier, en capitalisation PM ou assurance vie luxembourgeoise catégorie D | Variable |
| Long terme, capitaliser | Structuré à décrément ou panier « pire des trois » | Variable |
| Opportuniste, rebond | Capital non protégé participatif — périodes de crise uniquement | Variable |
Les quatre erreurs classiques
De loin la plus fréquente. Un produit à 14 % peut avoir des conditions si mauvaises que le risque n'en vaut pas le rendement. Trois dimensions à vérifier systématiquement : le timing d'entrée sur le sous-jacent, la qualité des conditions — barrières, dégressivité, fréquence d'observation — et le couple rendement / probabilité de sortie favorable. Un produit à 8 % bien construit vaut souvent mieux qu'un produit à 14 % mal ficelé.
Une poche importante en structurés n'est pas un problème en soi, surtout au-delà de quelques centaines de milliers d'euros. Le calibrage que nous retenons : 20 à 30 % en capital protégé, 20 à 30 % en capital garanti, rarement plus de 50 % au total. La vraie règle d'or est ailleurs : jamais plus de 10 % du portefeuille sur un seul structuré exposé au même secteur. Les produits multi-sectoriels autorisent des allocations un peu plus élevées.
Un structuré est un titre de créance : vous portez le risque de contrepartie de l'émetteur. Les grandes signatures offrent un risque faible ; les émetteurs moins bien notés affichent des coupons plus élevés, avec un risque de défaut réel. Point rarement évoqué : si vous envisagez un crédit lombard sur votre contrat, diversifiez vos émetteurs. Une banque prêteuse nantit plus volontiers un contrat réparti sur trois à cinq émetteurs qu'un contrat concentré sur un seul.
L'erreur la plus psychologique. Votre structuré indexé sur une valeur se rappelle à + 12 % pendant que le titre a pris + 72 %. Le réflexe est de se dire qu'il aurait fallu acheter en direct. C'est une erreur de raisonnement : un structuré n'est pas là pour maximiser le rendement, mais pour le rendre prévisible avec une protection en capital, y compris dans un scénario baissier.
Le contre-exemple qui éclaire la promesse
Un produit lancé en février 2018, avant la crise Covid. Le sous-jacent subit une baisse violente et le produit descend jusqu'à −70 % en valeur liquidative, avant de remonter lentement.
À l'échéance, trois ans et demi plus tard, le sous-jacent affiche + 5,2 %. Un investisseur qui aurait acheté l'indice en direct aurait fait + 5,2 %. L'investisseur en structuré, lui, a encaissé 10 % de coupon par an, soit + 35 % au total.
C'est la promesse d'un structuré bien construit : dans un scénario médian ou baissier, il protège et sur-rémunère. Dans un scénario haussier fort, il sous-performe — mais vous savez pourquoi, parce que vous avez acheté de la prévisibilité, pas de la performance maximale.
Loneux Capital est un cabinet de conseil en gestion de patrimoine indépendant, immatriculé à l'ORIAS en qualité de courtier en assurance de catégorie B, sous le contrôle de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).
Le présent article a une portée informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement personnalisé, ni une recommandation, ni une incitation à souscrire. Les fonds structurés sont des instruments financiers complexes qui peuvent ne pas convenir à tous les investisseurs : leur souscription suppose un examen préalable de votre situation, de vos connaissances et de votre horizon.
Questions fréquentes
Un fonds structuré est-il un placement garanti ?
Cela dépend de la famille. Sur un capital garanti, le capital est intégralement rendu à l'échéance quelle que soit la performance du sous-jacent. Sur un capital protégé, il ne l'est que si la barrière — souvent −50 % — tient à l'échéance. Sur un capital non protégé, il n'y a aucune protection. Dans tous les cas subsiste le risque de défaut de l'émetteur.
Que se passe-t-il si la barrière de protection est franchie ?
Vous récupérez le capital diminué de la performance du sous-jacent. Sur une barrière à −50 % et un sous-jacent à −60 % à l'échéance, la perte est de 60 %. C'est un risque réel, et c'est la raison pour laquelle la profondeur de la barrière est un critère de sélection central.
La barrière est-elle observée en continu ?
Sur les produits que nous sélectionnons, la barrière de protection du capital est observée uniquement à l'échéance. Le sous-jacent peut donc chuter fortement en cours de vie du produit : si à l'échéance il est remonté au-dessus du seuil, le capital est rendu intégralement. Certains produits du marché prévoient une observation continue, nettement moins favorable — c'est un point à vérifier dans la brochure.
Qu'est-ce que l'effet memory ?
C'est le mécanisme par lequel un coupon non payé n'est pas perdu mais mis en mémoire. Les coupons s'accumulent et sont versés en une fois dès que la condition redevient favorable. Sa présence change considérablement le profil d'un produit, et son absence doit être repérée immédiatement.
Qu'est-ce qu'un indice à décrément et pourquoi faut-il s'en méfier ?
Un indice à décrément retire chaque année un montant fixe de sa valeur — 40 points, 50 points, ou un pourcentage. Cela facilite le déclenchement des coupons et de l'autocall dans un marché stable ou modérément baissier. En contrepartie, l'indice sous-performe systématiquement le même indice sans décrément, et dans un marché très baissier le décrément aggrave la perte à l'échéance.
Quelle part du portefeuille peut-on consacrer aux structurés ?
Le calibrage que nous retenons est de 20 à 30 % en capital protégé et 20 à 30 % en capital garanti, rarement plus de 50 % au total. La règle la plus importante porte sur la concentration : jamais plus de 10 % du portefeuille sur un seul structuré exposé au même secteur.
Que se passe-t-il si la banque émettrice fait défaut ?
Un structuré est un titre de créance : en cas de défaut de l'émetteur, vous devenez créancier de la banque et pouvez perdre tout ou partie de votre capital, indépendamment de la performance du sous-jacent. C'est pourquoi la notation de l'émetteur et la diversification entre plusieurs signatures sont des critères de sélection à part entière.
Peut-on sortir d'un structuré avant l'échéance ?
Le produit se dénoue normalement par rappel automatique ou à l'échéance. Une sortie anticipée à l'initiative de l'investisseur se fait à la valeur de marché du moment, qui peut être très inférieure au nominal, en particulier en cas de baisse du sous-jacent. Un structuré doit donc être souscrit avec un capital que vous pouvez immobiliser jusqu'au terme.
Dans quelle enveloppe faut-il loger ses structurés ?
En assurance vie pour un particulier, en contrat de capitalisation pour une société. Le compte-titres en direct est fiscalement pénalisant : prélèvement forfaitaire de 30 % sur chaque coupon, sans différé, sans abattement et sans avantage successoral. Sur 100 000 € de coupons cumulés, l'écart peut atteindre environ 20 000 €.