Le barème de l'impôt sur le revenu s'applique par tranches successives, et non en bloc. Franchir une tranche ne renchérit donc jamais l'impôt déjà calculé sur les fractions inférieures du revenu : seul l'euro supplémentaire est taxé au taux supérieur. Cette mécanique est simple, et elle est pourtant la source de la plupart des décisions fiscales mal prises.
Les cinq tranches en vigueur
Le barème applicable aux revenus de l'année 2025, imposés en 2026, comporte cinq tranches. Les limites s'entendent par part de quotient familial, et non par foyer.
| Fraction du revenu imposable par part | Taux |
|---|---|
| Jusqu'à 11 600 € | 0 % |
| De 11 600 € à 29 579 € | 11 % |
| De 29 579 € à 84 577 € | 30 % |
| De 84 577 € à 181 917 € | 41 % |
| Au-delà de 181 917 € | 45 % |
Ces limites ont été revalorisées de 0,9 % par la loi de finances pour 2026, ce qui correspond à l'évolution de l'indice des prix à la consommation hors tabac retenue par le législateur. Cette revalorisation annuelle a une fonction précise : empêcher qu'une simple hausse nominale des revenus, sans gain de pouvoir d'achat, fasse basculer un contribuable dans la tranche supérieure.
Le tableau ci-dessus est celui des revenus de 2025. Le projet de loi de finances pour 2027 n'est pas adopté à la date de cet article, et aucune limite de tranche applicable aux revenus de 2026 n'est acquise. Nous ne publions donc aucun montant pour cet exercice. Le droit décrit ici est celui en vigueur, issu de la loi n° 2026-103 du 19 février 2026.
Comment le barème s'applique réellement
Le mécanisme est celui d'un empilement. Le revenu imposable par part est découpé en tranches, et chaque tranche supporte son propre taux. Le résultat n'est pas le revenu multiplié par le taux de la tranche atteinte : c'est la somme des impôts calculés sur chaque segment.
Un revenu imposable de 100 000 € pour une part se décompose ainsi : la première tranche de 11 600 € n'est pas taxée ; la fraction comprise entre 11 600 € et 29 579 € est taxée à 11 % ; la fraction comprise entre 29 579 € et 84 577 € est taxée à 30 % ; et seule la fraction comprise entre 84 577 € et 100 000 € est taxée à 41 %. Le taux de 41 % ne porte donc que sur environ 15 400 € de ce revenu.
Cette architecture explique pourquoi l'impôt sur le revenu est dit progressif et non proportionnel : le taux supporté augmente avec le revenu, mais de façon graduelle, et jamais par paliers brutaux.
Pourquoi franchir une tranche ne coûte pas ce qu'on croit
La crainte de « passer dans la tranche supérieure » est l'une des idées les plus solidement installées et les plus fausses de la fiscalité française. Elle repose sur l'hypothèse implicite que le taux de la nouvelle tranche s'appliquerait à l'ensemble du revenu.
Il n'en est rien. Un contribuable dont le revenu imposable par part passe de 84 000 € à 85 000 € ne voit pas son impôt bondir : les 577 derniers euros sous la limite restent taxés à 30 %, et seule la fraction au-delà de 84 577 € supporte 41 %. L'impôt supplémentaire se compte en dizaines d'euros, pas en milliers.
Cette propriété a une conséquence pratique importante : refuser une augmentation, une prime ou un revenu complémentaire pour des raisons fiscales n'a jamais de justification arithmétique au regard de la progressivité. Un euro perçu laisse toujours un net positif, même dans la tranche à 45 %. Les seuls effets de seuil réels se trouvent ailleurs — dans les contributions additionnelles assises sur le revenu de référence, dans les plafonds de ressources de certains régimes, dans la décote pour les revenus modestes — et non dans le barème lui-même.
Le barème ne s'applique pas à tous les revenus
Une part croissante des revenus échappe au barème progressif. Les revenus de capitaux mobiliers et la plupart des plus-values de cession de valeurs mobilières supportent, par défaut, un prélèvement forfaitaire unique, le contribuable pouvant opter pour l'imposition au barème lorsque cela lui est plus favorable — cette option étant globale pour l'ensemble des revenus concernés d'une même année.
Il en résulte que deux foyers au même niveau de ressources peuvent supporter des impositions très différentes selon la composition de leurs revenus. C'est l'une des raisons pour lesquelles le législateur a construit le revenu fiscal de référence, qui réintègre une partie de ces revenus traités hors barème, et sur lequel reposent plusieurs contributions additionnelles.
Du barème à la décision : la tranche marginale
Le barème n'a pas d'intérêt pratique en lui-même. Ce qui intéresse une décision patrimoniale, c'est le taux applicable à la dernière fraction du revenu, puisque c'est celui qui s'appliquera au revenu suivant — ou qui sera épargné par un euro retiré de la base taxable.
Ce taux est la tranche marginale d'imposition, et c'est la seule donnée de ce tableau qui serve à arbitrer. Il ne doit pas être confondu avec le taux moyen, qui mesure la charge effective du foyer : la distinction est développée dans notre article sur le taux moyen et le taux marginal.
La conséquence pour la défiscalisation est directe. Une déduction du revenu imposable produit une économie égale au montant déduit multiplié par la tranche marginale : son rendement varie donc de 11 % à 45 % selon la situation du foyer. Une réduction d'impôt, à l'inverse, vaut son montant nominal quelle que soit la tranche. Notre article sur le gain d'une déduction selon la tranche marginale chiffre cet écart.
Le barème s'applique après division par le nombre de parts
Dernier point, et il modifie la lecture de toutes les limites citées plus haut : il ne s'applique pas au revenu du foyer, mais au revenu divisé par le nombre de parts. L'impôt obtenu est ensuite multiplié par ce même nombre.
Un couple marié sans enfant disposant de deux parts et d'un revenu imposable de 120 000 € est donc imposé sur un quotient de 60 000 €, qui relève de la tranche à 30 %, et non de la tranche à 41 %. Ce mécanisme procure un avantage d'autant plus marqué que le revenu est élevé, ce qui a conduit le législateur à le plafonner. Notre article sur les parts fiscales et le plafonnement du quotient familial en détaille les montants et les effets.
La règle de lecture
Trois vérifications suffisent à utiliser correctement ces tranches dans une décision. La première est de raisonner par part, et non sur le revenu du foyer : c'est l'erreur de lecture la plus fréquente, et elle fait surestimer d'une tranche entière la situation de nombreux foyers. La deuxième est de ne jamais appliquer le taux de la tranche atteinte à l'ensemble du revenu : ce calcul n'a aucune réalité fiscale. La troisième est de distinguer ce qui relève du barème de ce qui relève d'un prélèvement forfaitaire, faute de quoi le taux marginal retenu sera faux.
Le traitement fiscal décrit ici dépend de la situation propre à chaque foyer et il est susceptible d'évoluer : le barème est fixé chaque année par la loi de finances, et ses limites, comme ses taux, relèvent du législateur. Notre guide de la défiscalisation replace ce socle dans l'ensemble des mécanismes disponibles.
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