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Unités de compte : comment construire l'allocation de son assurance vie

Unités de compte en assurance vie : rôle de chaque support, horizon, diversification, rééquilibrage et exemple d'allocation illustratif. Ma méthode.

Par Rémy Loneux · 11 min de lecture · 26 octobre 2026 · Mis à jour le 16 octobre 2026

Visuel sobre : répartition d'une assurance vie entre fonds en euros et unités de compte

L’essentiel en 30 secondes

  • Une unité de compte est un support dont la valeur fluctue : le capital n'est pas garanti, contrairement au fonds en euros.
  • Une allocation se construit par rôles (sécurité, croissance, diversification), pas par accumulation de supports.
  • L'horizon décide de tout : l'argent dont vous aurez besoin à court terme n'a rien à faire en actions.
  • Un rééquilibrage régulier évite que le marché ne décide à votre place du risque que vous portez.
  • Les supports les moins liquides ou les plus complexes (SCPI, private equity, produits structurés) restent des poches limitées, jamais le socle.

Un contrat d'assurance vie se joue rarement sur le nom de l'assureur. Il se joue sur la répartition de l'épargne entre le fonds en euros et les unités de compte (UC) : des supports d'investissement dont la valeur varie avec les marchés et dont le capital n'est pas garanti. Les unités de compte d'une assurance vie portent la performance de long terme, mais aussi le risque de perte. Bien les choisir, c'est décider du rôle de chaque support, de son poids et de son horizon. Voici la méthode que j'applique pour raisonner une allocation, sans jamais en faire une recommandation personnelle.

Ce qu'est une unité de compte, et ce qu'elle n'est pas

Dans un contrat multisupport, vous répartissez vos versements entre deux familles. Le fonds en euros est géré par l'assureur ; son capital est garanti selon les conditions du contrat (voir fonds en euros nouvelle génération : avantages, limites, pour qui). Les unités de compte sont des supports financiers : l'AMF cite des actions, des obligations, des fonds (SICAV, FCP), des parts de SCPI et d'OPCI. Sur ces supports, elle le dit sans détour : « le capital n'est pas garanti ». Elle précise aussi qu'on ne doit y placer, pour les plus risqués, que de l'argent qu'on peut immobiliser au moins cinq ans.

Deux précisions utiles. D'abord, c'est l'assureur qui porte le contrat, mais c'est vous qui portez le risque de marché sur les UC. Ensuite, avant toute souscription, le document d'informations clés (DIC) doit vous être remis pour le contrat et pour chaque support éligible : nature du produit, risques, gains et pertes potentiels, coûts. Il est obligatoire depuis le 1er janvier 2018, selon l'ABE-Infoservice (Banque de France). Lisez-le avant d'arbitrer, pas après.

Le rôle de chaque classe d'actifs

Je raisonne toujours par fonction. Un support n'a de place dans l'allocation que s'il remplit un rôle que les autres ne remplissent pas.

Classe d'actifsRôle dans l'allocationRisque principalLiquidité (à vérifier au contrat)
Fonds en eurosSocle de sécurité, réserveRisque assureur, rendement variableÉlevée en général
ETF (fonds indiciels cotés)Exposition large et peu coûteuse aux marchésBaisse des marchés suivisÉlevée
OPCVM (fonds gérés)Gestion déléguée : actions, obligations, flexibleBaisse des marchés, écart à l'indice, fraisÉlevée
SCPI / OPCIDiversification immobilièreValeur de part variable, délai de cessionPlus faible
Private equity (FCPR, FPCI)Diversification vers des sociétés non cotéesPerte en capital, blocage long, complexitéFaible
Produits structurésProfil de gain et de protection défini à l'avanceRisque de l'émetteur, protection seulement à l'échéanceVariable, souvent limitée avant l'échéance

Les ETF et les OPCVM : le cœur de la poche de croissance

Un ETF réplique un indice (par exemple un grand indice d'actions mondiales) avec des frais de gestion généralement bas. Un OPCVM classique est un fonds dont un gérant choisit les titres, en espérant faire mieux, ou autrement, que l'indice. Les deux ont leur place. Ma lecture : l'ETF sert à acheter le marché à moindre coût, l'OPCVM à acheter un style de gestion (obligataire flexible, prudent, thématique) qu'un indice ne fournit pas. Le piège, c'est la redondance : trois fonds actions « grandes capitalisations mondiales » ne diversifient rien.

La pierre-papier et le non coté : des poches, pas un socle

Les parts de SCPI (sociétés civiles de placement immobilier) et d'OPCI (organismes de placement collectif immobilier) permettent d'exposer le contrat à l'immobilier sans acheter un bien. Le private equity (capital-investissement) consiste à financer des entreprises non cotées. Depuis la loi Pacte, l'accès à ces fonds via l'assurance vie a été élargi, selon la Direction générale du Trésor : investissement dans des FPCI sous conditions liées à la situation, aux connaissances ou à l'expérience de l'assuré. Ces supports exigent une vraie tolérance à l'illiquidité : on peut ne pas pouvoir sortir quand on le souhaite. Mon principe : jamais plus que ce qu'on peut se permettre de bloquer.

Les produits structurés : utiles à condition de comprendre le mécanisme

Un produit structuré est un support dont le gain est défini par une formule (par exemple, un coupon conditionné à l'évolution d'un indice). Son avantage : on connaît à l'avance les scénarios. Ses limites sont tout aussi précises : il dépend de la solidité de la banque émettrice (risque de l'émetteur), la protection éventuelle du capital ne joue en général qu'à l'échéance, et une sortie anticipée peut se faire à un prix défavorable. Chez Loneux Capital, c'est un outil de l'allocation sur mesure, parmi d'autres, jamais un produit vendu pour lui-même.

Horizon, profil et diversification : les trois réglages

L'horizon : à quelle date aurez-vous besoin de l'argent ?

Plus la date de besoin est lointaine, plus la part d'UC peut, en principe, être élevée, parce qu'on laisse le temps aux marchés de se redresser après une baisse. Mais « en principe » ne veut pas dire « sans risque » : aucun horizon n'élimine la perte possible. Je distingue trois horizons : moins de cinq ans, cinq à dix ans, plus de dix ans. L'argent du premier horizon relève surtout du fonds en euros.

Le profil : ce que vous supportez, pas ce que vous espérez

Le profil de risque se juge sur la capacité à subir une perte (revenus, autres actifs, besoins à venir) et sur la tolérance (comment vous réagissez à une baisse). Avant de vous proposer un contrat, un professionnel doit recueillir votre situation financière, vos objectifs, vos connaissances et votre expérience, selon l'ABE-Infoservice. C'est le devoir de conseil. Un questionnaire ne remplace pas la discussion.

La diversification : des sources de risque différentes

Diversifier, ce n'est pas multiplier les lignes, c'est combiner des supports qui ne réagissent pas de la même façon aux mêmes événements : actions, obligations, immobilier, fonds en euros. Compter les lignes ne sert à rien ; regarder ce qu'elles ont en commun, si.

Mon approche : une allocation sur mesure, selon le contexte de marché

Je vais être direct : il n'existe pas d'allocation « standard » qui convienne à tout le monde, ni qui convienne à tout moment. Mon cabinet conçoit des allocations sur mesure, et les fait évoluer selon le contexte de marché : niveau des taux, valorisations des actions, visibilité sur l'économie. Quand les taux obligataires sont élevés, les obligations jouent un rôle différent de celui qu'elles tiennent quand ils sont bas. Quand les marchés sont chers, le poids des supports qui limitent la baisse, y compris des produits structurés conçus sur mesure, peut se discuter.

Ma grille tient en trois poches :

  1. La poche de sécurité : ce dont vous avez besoin à court terme et ce qui vous permet de dormir. Fonds en euros, supports prudents.
  2. La poche de croissance : le moteur de long terme. ETF et OPCVM diversifiés.
  3. La poche de diversification : immobilier, non coté, produits structurés. Petite, choisie, comprise.

Et un test en trois questions avant d'ajouter tout support : Puis-je expliquer d'où vient sa performance ? Puis-je dire en combien de temps je peux en sortir ? Supporterais-je de le voir perdre 30 % sans paniquer ? Trois « oui », il peut entrer. Un seul « non », il attend.

Exemple d'allocation illustratif

Voici un cas illustratif, destiné à montrer une méthode, pas à être reproduit. Hypothèses : un contrat de 200 000 €, un horizon supérieur à dix ans, une tolérance moyenne au risque, aucun besoin de liquidités à court terme.

SupportPoidsRôleMontant
Fonds en euros35 %Sécurité70 000 €
ETF actions monde30 %Croissance60 000 €
OPCVM obligataires ou flexibles15 %Stabilisation30 000 €
SCPI / OPCI10 %Diversification immobilière20 000 €
Private equity5 %Diversification non cotée10 000 €
Produit structuré5 %Profil de gain défini10 000 €

Ce tableau n'est pas une recommandation. Un autre profil, un autre horizon ou un autre contexte de marché donnerait une autre répartition. Et chaque ligne comporte son risque : perte en capital sur les UC, illiquidité sur la pierre-papier et le non coté, risque de l'émetteur sur le structuré.

Rééquilibrer : garder le risque que vous avez choisi

Les marchés déplacent votre allocation sans vous demander votre avis. Cas illustratif : un contrat de 100 000 €, réparti à 60 % en UC (60 000 €) et 40 % en fonds en euros (40 000 €). Si les UC progressent de 20 % et que le fonds en euros reste stable, on obtient 72 000 € en UC et 40 000 € en euros, soit 112 000 €. La part d'UC passe à environ 64 %. Pour revenir à 60 %, il faudrait arbitrer environ 4 800 € des UC vers le fonds en euros (67 200 € / 44 800 €).

Trois façons de rééquilibrer : à date fixe (une fois par an), par seuil (quand une poche dérive de plus de quelques points), ou avec les nouveaux versements. Attention aux frais d'arbitrage, que certains contrats facturent à chaque mouvement (voir les frais d'assurance vie sur 20 ans) : un rééquilibrage ne vaut que s'il coûte moins qu'il n'apporte. Quand on délègue ce travail, c'est la gestion pilotée.

Ma lecture

Je ne cherche pas la meilleure allocation, je cherche celle que le client tiendra quand les marchés baissent. Une allocation parfaite sur le papier, abandonnée au pire moment, vaut moins qu'une allocation plus prudente conservée. Ma règle : le fonds en euros est le socle, les UC sont le moteur, et chaque support exotique doit avoir gagné sa place avec un rôle précis.

Sur la question France ou Luxembourg, ma position est claire : moins de 500 000 €, l'assurance vie française offre déjà ce qu'il faut. Entre 500 000 € et 1 M€, cela dépend du profil. Au-delà, la question du Luxembourg se pose ; je détaille les critères dans assurance vie luxembourgeoise ou française : le comparatif. La solidité de l'assureur compte aussi : voir que se passe-t-il si l'assureur fait faillite.

Les erreurs à éviter

  1. Empiler les supports. Dix lignes qui s'achètent les mêmes actions ne diversifient rien. Cherchez des moteurs de performance différents.
  2. Confondre horizon et espoir. Un projet dans trois ans ne devient pas un projet à dix ans parce qu'on le souhaite.
  3. Surpondérer le non coté ou le structuré. Illiquidité, complexité, risque de l'émetteur : ce sont des poches limitées.
  4. Ne jamais rééquilibrer. La dérive finit par vous faire porter un risque que vous n'avez pas choisi.
  5. Ignorer les frais. Ils s'appliquent chaque année, que le marché monte ou baisse.

FAQ

Qu'est-ce qu'une unité de compte en assurance vie ?

Une unité de compte est un support d'investissement (action, obligation, fonds, part de SCPI ou d'OPCI) logé dans un contrat d'assurance vie. Sa valeur varie avec les marchés et le capital n'est pas garanti. Elle s'oppose au fonds en euros, dont le capital est garanti selon les conditions du contrat.

Quelle part d'unités de compte choisir dans son assurance vie ?

Il n'existe pas de pourcentage universel. La part d'unités de compte dépend de l'horizon, de la capacité à supporter une perte et de la tolérance au risque. Plus l'argent peut rester investi longtemps, plus la part d'unités de compte peut être élevée, sans que le risque disparaisse.

Peut-on perdre de l'argent avec des unités de compte ?

Oui. L'AMF le rappelle : le capital des unités de compte n'est pas garanti. Une baisse des marchés, un fonds mal choisi ou des frais élevés peuvent entraîner une perte, y compris en capital.

À quelle fréquence rééquilibrer l'allocation de son assurance vie ?

Une fois par an est une base courante, ou lorsqu'une poche s'écarte nettement de sa cible. Le bon rythme dépend des frais d'arbitrage du contrat, du poids des supports et de votre discipline. Un rééquilibrage trop fréquent coûte, un rééquilibrage jamais effectué laisse le risque dériver.

Les SCPI et le private equity ont-ils leur place dans une assurance vie ?

Ils peuvent y avoir leur place comme poche de diversification, à condition d'accepter leur faible liquidité et le risque de perte en capital. Ils ne doivent pas constituer le socle de l'allocation.

Sources

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Cet article est rédigé à titre informatif et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les unités de compte ne garantissent pas le capital investi : vous pouvez perdre une partie ou la totalité des sommes placées. L'allocation présentée est un cas illustratif, non une recommandation ; les frais et conditions varient selon les contrats et les règles peuvent évoluer.